Nous aimons tant nous rentrer dedans…

Il me fallait un titre accrocheur pour cette reprise, après une si longue pause…

Je vais parler d’auto-tamponneuses ! Oui…

Auto-tamponneuses

Comment est-il possible que l’on aime autant rouler dans ces petites bagnoles reliées par une tige électrifiée, en contact avec un tapis grillagé suspendu sur nos têtes d’ados attardés ? Comment est-on assez stupide pour apprécier les chocs variés et répétitifs du véhicule lancé à pleine vitesse sur des personnes que l’on connaît assez bien pour savoir qu’elles apprécieront en retour de nous heurter avec la plus grande application jubilatoire ? Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi tant de haine et de plaisirs mélangés ? Sommes-nous donc des animaux violents ? Violents et heureux de l’être ?

Contextualisons !

La fête foraine… Tout un programme, les lumières clignotantes au beau milieu de la nuit, comme une oasis dans le désert morne et froid de cités endormies. Une promesse ! Ici, le bruit des musiques étouffées et entremêlées dans le brouhaha des inconnus que l’on croise, fait office d’autorisation au lâcher prise… Le monde conventionnel est resté à la porte, c’est pour ça qu’on y vient, pour autoriser la monstruosité retranchée de nos pulsions, dont la société ne veut pas autrement que raisonnée par ses formatages urbains ! La turbulence envahie nos corps, tout y est excessif, outrancier, bigarré et nos yeux reflètent peu à peu la transe intrinsèque d’un décor infantilisé à dessein ; le projet du forain est clair : asservir nos sens pour en extraire la sacro-sainte semence financière croupissant dans nos poches, qu’il veut sans effort faire glisser dans la sienne… Pour cela il a l’Auto-Tamponneuse en étendard magique d’une dimension parallèle à la nôtre. Traversant le miroir, telle Alice, je pénètre le monde merveilleux où l’interdit devient la règle, l’excès la norme, la connerie la vie ! Comment résister aux quelques euros que coûte la proposition, et puisque que tout y est inversé : il faudrait être fou pour refuser…

L’habitacle est d’une sobriété absolue, plastique, vaguement coloré, le volant tourne à l’infini, rappelant l’inversion, une pédale sur laquelle on appuie, avant même que ça démarre, ses cibles que l’on repère pour les percuter le plus vite possible, on garde l’œil rivé sur la cabine où le staff est affalé, blasé par tant d’abrutis excités, pendant qu’on attend le signal, début des hostilités ! C’est long… Mais l’attente fait partie du jeu, seul point commun avec le monde réel. La voiture finit par démarrer, c’est la guerre, je viens de perdre des années d’age mental, c’est sûr, vais-je les retrouver ? Rien à foutre ! Pour l’instant il faut percuter le plus fort possible, au premier choc on rentre dans des inconnus, on est déçu par la faiblesse de l’agression, on s’appliquera pour que le prochain soit plus brutal, dès qu’une connaissance apparaîtra dans le viseur… Voilà ! On aimerait accélérer dès que la cible est verrouillée, mais ça ne veut pas, alors on s’applique à bien viser… Et on est percuté par derrière, avant même d’avoir touché… On finit par toucher à notre tour, observant la tête émue de notre souffre-douleur à chaque violence infligée, la qualité du plaisir s’évalue à l’aune des mimiques affligées de nos adversaires, nous sommes devenus bêtes et méchants, nous en aimons le goût, nous en saliverions presque si le peu d’humanité qui nous reste ne nous en empêchait pas… C’est si bon, le monde inversé ! Voilà que je me surprends à penser à tout ça… Je me dégoûte et me navre autant que j’y prends plaisir… Le monde forain vit de nos pulsions les plus basses, et nous l’en remercions, chacun en tire bénéfice… Les voitures s’arrêtent… Une idée en tête : RECOMMENCER !

J’ai quel âge ?

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