A quoi reconnaît-on un bon film ?

Vaste question, n’est-ce pas… C’est pour cela que je l’aborde […]

Je vais vous parler de cinéma et pas de séries, j’aborderai celles-ci une autre fois.

Comment choisir le film que l’on va regarder ce soir, ce week-end, ou avec des amis aux goûts si différents, aux vécus si disparates, aux habitudes cinématographiques si diverses. On va au cinéma pour se détendre la plupart du temps, et l’on oublie que les meilleurs films, ceux que l’on retient sont ceux qui ont apporté quelque chose à notre vie (si médiocre, bon ça va !).

Je vous parlerai, ici de cinéma « classique », j’éviterai d’aborder les différentes catégories ; nous irions trop loin vers des considérations qui vous lasseraient peut-être (fainéants!). Nous resterons au cinéma de papa, celui qu’on regarde tous ensemble. Je précise que j’adore les films d’Andreï Tarkovsky, d’Antonioni, de Nuri Bilge Ceylan et autres Bergman, mais j’aborderai une autre fois leur oeuvre…

Pour commencer, il y a le héros (ou plusieurs, ou l’héroïne…). Dans les premières minutes, nous saurons généralement si nous allons apprécier le film. Il doit être bien caractérisé, c’est-à-dire incarné avec une personnalité bien définie. Ça peut paraître évident, exprimé ainsi, pourtant ça ne l’est pas dans nombre de cas. On doit dans les premiers instants avoir une idée claire de ses forces, ses faiblesses, ses failles et ainsi pouvoir s’attacher à lui et le suivre pendant une heure et demie (voire plus), sans risque de s’ennuyer. Ensuite, l’incident déclencheur va nous embarquer dans l’histoire, une dizaine de minutes plus tard, environ. C’est le moment que vous avez tous identifié dans le film, où se passe l’événement qui provoque tout le reste : dans American Beauty, par exemple, Lester Burnham voit Angela, magnifique pom pom girl qui lui tape instantanément dans l’oeil. Elle devient son objectif dans le film, celle qui l’encourage à changer radicalement de vie, quel qu’en soit le prix (la mort !).

Voilà pourquoi dès les premières minutes, nous sentons que nous allons aimer American Beauty. Un type, américain moyen, à la vie bien réglée, monotone et triste, dont nous savons déjà qu’il va mourir, parce qu’il l’annonce dès le début, va peut-être arrêter de se palucher sous la douche et courir après une jeune écervelée, au corps parfait, en faisant voler en éclat sa sacro-sainte famille, qui lui sert de misérable refuge !

Vous m’opposerez, et vous aurez raison que ça ne suffit pas à faire un bon film, parce que jusqu’ici, nous avons qu’un divertissement pour bon père de famille en mal de sensations érotiques, naturelles, mais insuffisantes pour étancher notre soif de contenu ! C’est alors qu’intervient le deuxième élément fondamental : ça s’appelle l’objectif thématique, il sous-tend la narration, et sert de fil conducteur inconscient au héros. Lorsqu’il est mené à son terme, nous sentons comme une petite joie, une satisfaction toute naturelle, qui nous rend plus heureux, parce que nous sommes comme ça, nous aimons que les choses soient résolues… À la fin d’American Beauty, Lester Burnham meurt, mais il est « heureux », parce qu’il a trouvé un authentique sens à sa vie. Je vous rappelle que pendant tout le film, il ne rêvait que de coucher avec la belle Angela, pourtant il ne le fera pas, lorsque l’occasion se présentera. La priorité change et se retourne en bienveillance forcenée, la thématique prend le dessus sur l’objectif principal et fait de lui (magnifique Kevin Spacey) un ange pacifiste, détaché, parfois cynique face aux ridicules pulsions de la chair, nous offrant une fin totalement mystique, mais absolument logique. Sa mort est un aboutissement, presque une joie, son visage en témoigne. Magie du cinéma. C’est un bon film.

A bientôt.

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